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Conte de Noël : des pommes à la noix, une histoire de presse à huile chez le Fada

On quitte quelques minutes les Cévennes pour rejoindre l’Aveyron. Pourquoi ? Pour une histoire à la noix comme on les aime. Et parce que surtout il s’y passe un petit projet qu’on

observatoire

Au fait, les Cévennes, c’est quoi et c’est où, au juste ?

Ahhhhh. Vous voilà parvenus au cœur du site lejournaldescevennes.fr. Au nerf de ce qui en fait l’identité principale. Car vous n’êtes pas sans savoir que les Cévennes, cette appellation consacrée, cette marque

Maison des Cevennes PNC Rouergue

Architectures cévenoles : le livre à (s’)offrir

Maisons paysannes, maisons trapues, maisons de peu, mas agricoles, magnaneries, clèdes : le Parc national des Cévennes vient de frapper très fort en publiant une somme inédite sur les  Maisons des Cévennes

JDC Monoblet migrants FN 2

Monoblet accueille des migrants et suscite la gronde du FN

Il est venu en balade dans ces contrées où il est le moins familier du département. Même s’il y progresse comme partout, le Front national reste assez contenu dans les urnes posées,

chalap utopie journaldescevennes Une

Qu’ont-ils fait de Mai 68 dans les Cévennes ?

Ils faisaient de la maçonnerie tout nus, important la libération des mœurs jusque dans le jointoiement des pierres de schiste dans les hauteurs cévenoles. En créant de toutes pièces une communauté de

journal cevennes marché saint-jean

En été, l’incontournable marché de Saint-Jean-du-Gard le mardi matin

En Cévennes, les différences entre les saisons sont très marquées. C’est particulièrement vrai à Saint-Jean-du-Gard, où le marché du mardi matin présente un visage presque tristounet l’hiver et souriant voire rieur l’été.

Conte de Noël : des pommes à la noix, une histoire de presse à huile chez le Fada

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On quitte quelques minutes les Cévennes pour rejoindre l’Aveyron. Pourquoi ? Pour une histoire à la noix comme on les aime. Et parce que surtout il s’y passe un petit projet qu’on pourrait retrouver localement. Nous vous laissons découvrir l’histoire du Fada et de sa campagne nationale, que dis-je, son appel à une levée de fonds pour un monde meilleur… et l’achat d’une presse à huile de noix pour revivifier la culture des noyeraies aveyronnaises !

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Le Fada, c’est lui, Daniel Fabre, paysan bio en sud-Aveyron.

Dans son petit pays, on le surnomme le fada. Pire, c’est lui-même qui a choisi l’appellation, par dérision autant que par goût des figures de style. Car Daniel Fabre (ça y est, vous avez repéré le raccourci Fa et Da) est d’abord un agriculteur, arboriculteur et maraîcher, dans le Sud-Aveyron, dont la ferme bio située tout près de la célèbre abbaye de Sylvanès produit de saines réjouissances qui font le bonheur d’une clientèle de proximité sur les marchés locaux. Légumes bio, jus bio et aussi les incontournables farçous bio, de petites galettes à base de blettes chauffées sur des poêlons de grands-mères dont il garde jalousement la recette.
Depuis 2011, ce paysan qui refuse de se mettre à la retraite a décidé de fournir des prestations goûteuses en faisant l’acquisition d’un pressoir à pommes dont le jus s’extrait au sein de son petit atelier d’artisan transformateur, et de mieux en mieux. Avec des pommes à lui, issu d’un verger de plein vent niché à flanc de coteau sur un des vallons ensoleillés de la Jasse des Comtes, mais aussi, et de plus en plus, des pommes apportées par des propriétaires de petites parcelles qui retrouvent une nouvelle jeunesse grâce à cet outil. Et ça marche, tout en progression. De 630 litres il y a cinq ans pour huit porteurs, l’extracteur a produit 3 360 litres de jus de pomme en 2015, avec une quarantaine de fidèles qui ont identifié dans le paysage local la possibilité de transformer leurs fruits.
Fort de ce succès, Daniel a poursuivi son activité en 2012 par la fabrication d’une presse à châtaignes, aidé par une entreprise d’outillage qui a su adapter l’outil afin de parfaire les crèmes de marrons locales tout en s’affranchissant du côté fastidieux de l’épluchage. Là encore, une clientèle des environs doublée d’amis se remettent pour l’occasion à entretenir leur verger ancestral et saisissent l’opportunité de valoriser leur petite production dans la filière naissante.

Surmonter les obstacles techniques

daniel-fada-2Le fada a de la suite dans les idées et ne s’arrête pas en si bon chemin. Maintenant qu’il maîtrise son activité de transformation de jus et de crèmes, son prochain chantier vise un double but : produire de l’huile de noix en première pression à froid, ce qui est devenu très rare en France, et encourager la population des environs à réinvestir cette autre culture tombée en désuétude : les noyeraies, également nombreuses en Aveyron. Mais cette fois, un obstacle technique se dresse face à l’agriculteur pourtant familier du système D. Il commence par faire l’acquisition d’une presse qui lui permet de travailler à froid mais il se heurte vite à des réglages techniques suffisamment complexes pour ne pas assurer en bout de chaîne les rendements attendus et économiquement viables. En outre le pressage à froid engendre un trop grand volume de tourteaux de noix peu valorisables en cuisine.
Par chance, une entreprise située vers Clermont-Ferrand, Ecolea Technologies, le contacte et l’informe de la création par ses équipes d’un appareil spécial destiné à mieux préparer les cerneaux de noix avant un passage sous presse avec la garantie d’un rendement nettement amélioré.
daniel-fada-4Conscient de l’opportunité de pouvoir proposer à moindres frais la possibilité de faire de l’huile de noix en s’émancipant des impératifs d’installation d’un véritable moulin agricole, et toujours pour extraire à chaud le précieux nectar, Daniel décide de faire l’acquisition de la machine. Mais en tant qu’ agriculteur relevant du statut de cotisant solidaire, sa trésorerie ne lui autorise pas de faire des folies et… le fada cherche comment répondre au niveau de dépense requis, environ 10 000 € TTC.
Pour le moment, sa capacité d’investissement repose sur la vente prochaine de sa première presse à noix et un petit tapis de capital retiré d’un vieux bas de laine. Mais il manque au paysan bio du Sud-Aveyron la somme de 2 500 € pour confirmer sa commande.

Financement participatif sur Cotcotcodon

Et c’est là que l’idée d’un financement participatif commence à émerger. Car au fond, ce projet sans réel but lucratif -que le premier presseur de jus ou d’huile artisanal devenu subitement riche lève le doigt- a finalement bien plus à offrir qu’un simple pressage de fruits secs. Enraciné dans une ruralité qu’il a à cœur de défendre par l’expression de son métier de paysan, Daniel l’ancien ébéniste, l’ancien restaurateur et l’ancien professeur des écoles -une vie ne lui a jamais suffi- souhaite avant tout faire savoir ce qui relève de son savoir-faire, à savoir le fait d’accompagner les mentalités paysannes de la région vers une réappropriation de traditions agricoles familiales disparues, en réhabilitant des gestes rangés à l’ombre de la mémoire collective : récolter ses pommes, entretenir son verger, ramasser ses châtaignes et ses noix. « Je vois dans ce projet la possibilité de remettre en mouvement l’arboriculture locale, mais aussi celle d’inspirer les gens à la conduite en méthodes biologiques de leurs parcelles, j’en discute régulièrement sur les marchés et à l’atelier. »

fadadadaL’appel aux dons vient d’être mis en ligne sur la plate-forme cotcotcodon.fr, et tout souscripteur se verra offrir des avantages en nature : Daniel s’engage à offrir un colis à chaque donateur correspondant à 20% de la valeur de son don. Mieux qu’une déduction fiscale ! Après quoi, les années suivantes, une remise de 10% sur la gamme des produits transformés à l’atelier sera proposée aux acheteurs qui se seront engagés dans cette belle campagne en pleine campagne !

Pour participer, rendez-vous ici.

Au fait, les Cévennes, c’est quoi et c’est où, au juste ?

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Ahhhhh. Vous voilà parvenus au cœur du site lejournaldescevennes.fr. Au nerf de ce qui en fait l’identité principale. Car vous n’êtes pas sans savoir que les Cévennes, cette appellation consacrée, cette marque jamais déposée, est un territoire aux contours géographiques imprécis autant qu’un large et profond paysage cheminant dans un imaginaire collectif souvent

Architectures cévenoles : le livre à (s’)offrir

Maison des Cevennes PNC Rouergue

Maisons paysannes, maisons trapues, maisons de peu, mas agricoles, magnaneries, clèdes : le Parc national des Cévennes vient de frapper très fort en publiant une somme inédite sur les  Maisons des Cévennes – Archtitecure vernaculaire au cœur du Parc national (éditions du Rouergue, 302 pages, 55 €). Volontairement luxueux, riche d’une base photo hors normes, accompagné de

Monoblet accueille des migrants et suscite la gronde du FN

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JDC Monoblet migrants FN

Monoblet, moins de 700 habitants, un territoire ramassé et une démographie très dispersée.

Il est venu en balade dans ces contrées où il est le moins familier du département. Même s’il y progresse comme partout, le Front national reste assez contenu dans les urnes posées, entre serres et valats, au pays d’André Chamson. Du coup, quand il sort le bout de son nez, il ne passe pas inaperçu, forcément. Mardi 22 mars, le village bas-cévenol de Monoblet, près de Saint-Hippolyte-du-Fort, a reçu la visite inopinée d’un groupe de militants du FN escorté par le maire de Beaucaire, Julien Sanchez, et le secrétaire départemental du FN Gard, Yoann Gillet. Les deux cadres du parti de Marine Le Pen sont venus protester contre le projet que nourrissent le conseil municipal et l’association La Clède de recevoir en les relogeant une vingtaine de migrants évacués récemment du camp de Calais. Les Amariniers, un ancien lieu d’éducation et d’insertion pour jeunes en rupture, perché près du col du Rédarès entre Saint-Hippolyte-du-Fort et Lasalle, sont désertés depuis plus de cinq ans. Mais l’infrastructure est encore valable et permettrait de loger ces personnes « le temps pour elles de se reconstruire et avant de choisir de repartir ou de demander le statut de réfugié », explique le maire divers gauche de la commune Philippe Castanon.

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Le site des Amariniers, plutôt paumé, belle vue, à six kilomètres du centre du village, accueillait il y a quelques années encore des jeunes en rupture. Désertée, l’infrastructure dispose toujours d’une bonne capacité d’accueil.

Les élus FN ne voient pas évidemment pas le projet du même oeil. Pour eux, un seul mot d’ordre : « Stop à la submersion migratoire. » Et de se saisir de la problématique européenne en cours pour en faire un coup d’éclat local. « Nous voulons que la France récupère ses frontières et sa souveraineté », clame Julien Sanchez.

Élan du cœur et… développement scolaire

Certes, le sujet d’accueillir une vingtaine de migrants est sensible pour un village d’un peu moins de 700 âmes. Le 26 février, la mairie a organisé une réunion publique d’information, où certains habitants ont exprimé leurs inquiétudes. Mais Monoblet est connu dans la région pour être un bastion du protestantisme – c’est notamment là que la religion réformée a resurgi en 1715 des cendres laissées par la guerre des camisards- et politiquement, très à gauche : 68% pour la liste socialiste aux dernières élections régionales, 79,4 % au scrutin départemental de 2015, plus de 90% aux municipales (avec, certes, une seule liste !), et un beau 76% pour François Hollande à la présidentielle de 2012.

Pour le maire Philippe Castanon, accueillir des familles de migrants -par souci d’harmonie sociale, il dit refuser l’arrivée d’hommes seuls- obéit à deux  nécessités. La première, un choix politique assumé, est d’apporter sa part au débat national autour de la question des réfugiés. La seconde est plus subtile mais tout aussi pragmatique. La nouvelle école du village, qui attire déjà de nombreux enfants résidant ailleurs sur le territoire, a besoin d’élèves pour tourner. Or le maire est aussi le directeur de l’école où il enseigne depuis plus de vingt ans, et où il a toujours eu pour souci de conserver un niveau d’effectifs suffisant pour développer au moins trois classes élémentaires, plus celle de maternelle. Cette approche en deux temps échappe évidemment à la plupart des observateurs, au premier rang desquels les élus du Front National qui ne connaissent guère la mentalité cévenole et son caractère huguenot bien trempé. La tradition du refuge associée aux Cévennes est à cet égard une réalité encore bien vivante.

Qu’ont-ils fait de Mai 68 dans les Cévennes ?

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Vivre en communauté, avec des enfants qui auront droit à une éducation différente…

Ils faisaient de la maçonnerie tout nus, important la libération des mœurs jusque dans le jointoiement des pierres de schiste dans les hauteurs cévenoles. En créant de toutes pièces une communauté de néo, ils entendaient renoncer au carcan de la société pompidolienne arrivée au bout de ses trente glorieuses. En venant ici, hameau dépeuplé de Chalap sur la commune de Senechas, près de Génolhac, ils élèveraient des chèvres, écriraient des livres, feraient la popote en plein air, rouleraient en deux-chevaux et formeraient autrement leurs enfants à une éducation en prise avec le milieu naturel. Hostile le milieu ? Ils allaient bien voir…

...vraiment différente !

…vraiment différente !

Les années qui suivirent Mai 68 ont vu débarquer pas mal de générations issues du baby-boom qui visaient le but commun de changer de vie. Radicalement, choisissant de dresser contre « le système » un barrage intellectuel qui passait par la reconquête du travail manuel et l’immersion en Cévennes profondes.

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« Lulu », lui, est revenu d’une partie de l’histoire, et pour cause : il n’a jamais adhéré à la nudité des hommes sur les chantiers !

Quarante ans plus tard -le mouvement migratoire s’est stabilisé dans les années 1975-, que reste-t-il de la projection d’un idéal en rupture avec une forme de société bourgeoise ? C’est tout le sel de « Chalap, l’utopie à l’épreuve du temps« , un film documentaire rudement bien fait par le réalisateur Antoine Page. « La plupart de ces pionniers vivent toujours dans le village, témoigne-t-il, tandis qu’ils dressent, en toute sincérité, le bilan contrasté de leur expérience. Le film retrace les grandes étapes de cette aventure unique. »

Le 11 décembre dernier, une projection suivie d’un week-end de festivités avait lieu au village. Avec les anciens, les néo, dans une ambiance intime et passionnée par ce récit pas comme les autres dont la bande-annonce mérite vraiment de voir de quoi il retourne. Il y a eu environ 130 spectateurs à la projection et les réactions ont été vraiment bonnes, qui ont réconforté les protagonistes qui appréhendaient l’accueil des gens de la région.

Le DVD du film est disponible ici.

En été, l’incontournable marché de Saint-Jean-du-Gard le mardi matin

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Les marchands se déploient même sur le pont qui surplombe le Gardon.

En Cévennes, les différences entre les saisons sont très marquées. C’est particulièrement vrai à Saint-Jean-du-Gard, où le marché du mardi matin présente un visage presque tristounet l’hiver et souriant voire rieur l’été. Le village est simplement bondé en juillet et août et les rues sont envahies de producteurs, marchands ambulants et simples camelots. De nombreux producteurs se donnent rendez-vous, spécialement sous la vieille halle qui jouxte le pont vers la gare du train à vapeur.

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Sous le vieux préau, de quoi remplir un panier avant de regagner sa tonnelle, sa résidence secondaire, son gîte ou tout simplement sa maison.

C’est sous ce préau à l’ancienne, tout décrépit et sympathique, qu’on trouvera de quoi (bien) manger. Au-dehors, il y a davantage de revendeurs mais également des producteurs dont quelques bio, aussi faut-il savoir faire le tri.

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Mention spéciale pour ce vendeur de pain bio, venu présenter des produits d’une qualité maxi comme la quinzaine de salariés qui travaille désormais pour le Mas Bel-Air à Brignon, près de la Calmette. Une enseigne tenue par un jeune ancien compagnon du Tour de France, Romuald Grasset, qui a jeté son dévolu sur les farines bio d’épeautre, de kamut, de seigle, de blé semi-complet… À retrouver aussi aux marchés d’Arles, de Ganges, de Saint-Hippolyte-du-Fort, de Montpellier. Vous jugerez par vous-mêmes mais nous, on est spécialement fans de ce pain comme on n’en fait plus à des prix tout à fait honorables.

Baladins et performeurs profitent de la foule pour envahir les terrasses alors que celle-ci sirote tranquillement sous la canicule de ce début juillet.

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Beaucoup de variété sur un étal aussi modeste que puissant.

Avec Anduze le jeudi, Lasalle le lundi, Ganges et Saint-Hippolyte-du-Fort le vendredi, les marchés des basses Cévennes se font incontournables. À Saint-Jean, on vous conseille également de revenir le samedi matin, jour d’un marché plus petit mais exclusivement réservé à des producteurs  travaillant majoritairement en bio.

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Artistes et travellers font aussi leur halte au marché.

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Du nougat en veux-tu en voilà.

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L’affluence des grands jours le mardi matin.

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La longue allée de platanes protège en partie les vendeurs.

Les Cévennes vues par Télédraille : l’image en plus

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Bientôt cinq ans. La petite Web TV des Cévennes Télédraille, trésor d’archives et de reportages sur l’ensemble du pays cévenol, s’installe dans le paysage. Conduite par des bénévoles, elle ne déborde pas de moyens mais déjà, elle s’érige comme un média inédit et plein de ressources, une de ces télés numériques qu’Internet permet de créer vite fait, mais bien fait. Vous voulez savoir comment fonctionnaient les charbonnières en Cévennes, ces petites plate-formes artisanales de fabrication du charbon de bois qu’on voyait tourner jusqu’à l’entre-deux-guerres ? Vous ne comprenez pas tout de la problématique des gaz de schiste ? Vous aimeriez écouter Pierre Rabhi aux Eco-dialogues du Vigan ? Ou encore vous immerger dans le festival de la soupe à l’automne à Florac, au cœur du Parc national ? Eh bien la jeune Web TV à la carte fait tout cela, et même plus. Délibérément orientée vers les initiatives qui font sens sur le territoire, vers les gens qui aiment et animent le paysage local, marquée par des valeurs d’humanisme et un regard posé sur la réalité du monde rural, Télédraille grandit doucement, mais sûrement. L’année 2011, selon les responsables de la chaîne, a vu 171 vidéos consultées chaque jour. Pas mal du tout pour un début.

En mars dernier, à Anduze, une réunion-débat a permis d’évoquer, le temps d’une soirée conviviale célébrant les deux ans de la télé associative, en quoi les médias participatifs de proximité peuvent contribuer à la vie de leur territoire. L’occasion de dire combien il est important et utile de permettre aux gens de « construire leur actualité et ne pas se laisser assommer comme on le fait en ce moment avec l’élection présidentielle », soulignait une des personnes ressources de Télédraille, Catherine Gougnaud. Lors de la soirée, aimablement parrainée par Mireille Thibault, directrice des programmes de la chaîne de la TNT Public Sénat, les témoignages des responsables de radios associatives (Radio Escapades, Radio Grille ouverte), de journaux locaux (l’Aigoualité, ID) se sont succédé pour fixer une même réalité : non, il n’est pas évident de financer les outils d’information participatifs de proximité. Mais oui, il est passionnant d’explorer de nouvelles pistes pour décrire et accompagner la réalité du monde local, avec en prime un minimum de pertinence et d’intelligence.

L’oignon doux, un peu dur pour l’environnement quand il n’est pas bio

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Beau légume, belle robe, grande saveur... mais questions sur l'environnement.

Beau légume, belle robe, grande saveur… mais questions sur l’impact d’une culture intensive.

Paysage typique à  Saint-Roman-de-Codières. Photo Wikipedia / Olivier Sanz.

C’est une petite locomotive cévenole. Né sur les terrasses de la vallée de l’Hérault, l’oignon doux de Saint-André (de Saint-André-de-Majencoules) est une vraie star de la gastronomie populaire qui nourrit de nombreux foyers agricoles dont le revenu a pu être consolidé grâce à ce bulbe pas comme les autres. En Cévennes, on le mange cru, en salade, on adore le croquer et sentir se libérer en bouche son eau parfumée. Quand on le cuit, il devient fondant à souhait et s’accommode de mille préparations, salées ou sucrées. Bref, on en est assez fier et on le clame fort, vu que le marché de Rungis à Paris ainsi que les grandes surfaces soutiennent la production en le présentant entre les mois d’août et d’avril sur les étals.

Ça, c’est pour la partie rose de l’oignon doux. Une autre saveur un peu plus piquante tient à son mode de culture. Car sous l’effet d’un décollage économique confirmé par l’obtention d’une AOC et d’une AOP, son équivalent européen, l’oignon de Saint-André traîne derrière lui une lourde tradition de culture intensive (une moyenne de 70 tonnes par hectare) que les vallées cévenoles ne remercient pas toujours.

Culture familiale parfois intensive

En bio, les petits producteurs passent un temps important entre la culture et le conditionnement, entièrement manuels.

En bio, les petits producteurs passent un temps important entre la culture et le conditionnement, entièrement manuels.

D’abord un souci sur les terrasses dévouées presque exclusivement à son culte. Étroites, sableuses, à la terre acide issue de la lente dégradation du schiste et du granit, les restanques de l’oignon doux sont de vrais buvards qui gobent tout ce qu’on répand sur les cultures. Or on « balance » pas mal de choses entre les mois de mars et août sur ces terres. Des engrais chimiques, des produits de traitement pour éviter la mouche et autres maladies cryptogamiques. Les désherbants sont systématisés, même si l’oignon pousse en rangs serrés et laissent peu de place à la concurrence. En fin de culture, pour accélérer le séchage des fanes que l’on coupe avant de parer l’oignon de sa belle robe nacrée, on utilise un autre produit, le défanant, pas non plus exempt de reproches en terme d’impact. Surtout, les familles qui parviennent à vivre de l’oignon doux -on dit qu’il faut 5000 m² pour assurer un revenu à peu près décent à un foyer-, sont confrontées au manque de disponibilité foncière en Cévennes, elles renoncent par conséquent à garantir un minimum de rotation des cultures. Il arrive ainsi que l’on voie pousser l’oignon cinq ou six années de suite sur un même cantou, un même lopin.

Protéger la ressource en eau

Principale difficulté des cultures : l'enherbement. Deux options : le chimique ou... l'arrachement à la main.

Principale difficulté des cultures : l’enherbement. Deux options: le chimique ou… le désherbage à la main.

Rien qui ne fasse du bien à la terre ni au bulbe, lequel est très gourmand car il connaît un cycle de développement très court et consomme énormément d’eau. Par comparaison, en agriculture biologique, il est recommandé d’éviter de replanter l’allium sur une même parcelle avant quatre ans. Les désherbants, produits phytosanitaires et défanants sont proscrits. En contrepartie, le temps de main d’œuvre en bio est très important (plus de 40%), ce qui explique que peu d’agriculteurs bio misent sur la seule culture de l’oignon pour vivre. Que dire sinon que du côté des consommateurs, il serait sans doute bon de soutenir l’oignon doux bio des Cévennes. Pourquoi ? Plusieurs raisons à cela. D’abord, cela permet d’encourager, au sein d’une zone géographique classée au patrimoine mondial de l’Unesco, l’entretien de paysages au développement pérenne. Ensuite, la qualité de la ressource en eau est mieux préservée: outre que les sols regorgent de produits chimiques sur ces sols très drainants, il en va de la qualité sanitaire des rivières qui accueillent les baigneurs l’été. Sans être spécialiste, en jetant un oeil au fond de son lit, on peut vous dire que l’Hérault ne présente pas une limpidité exceptionnelle, de légers dépôts se forment.

Voilà malheureusement ce qu’on peut dire d’une bonne moitié de la production des oignons doux des Cévennes, située sur un périmètre d’une trentaine de communes entre les pentes du mont Aigoual, le pays viganais, celui de Ganges et sur les coteaux de la vallée Borgne. On terminera sur une note plus optimiste en estimant qu’une autre moitié de producteurs, qui ne font pas que de l’oignon, œuvrent à leur manière à entretenir davantage les terrasses cévenoles. Le saint-andré redevient alors un produit de niche vertueux sur leur étal coloré.

A Sauve, la Mer des rochers garde bien des secrets

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Le château de Roquevaire, situé près de l'entrée de la mer. Le vénérable cyprès qui atteste notamment de la pratique de l'inhumation protestante, a rendu l'âme.

Le château de Roquevaire, situé près de l’entrée de la mer. Le vénérable cyprès qui atteste notamment de la pratique de l’inhumation protestante, a rendu l’âme.

Une anecdote circule sur la Mer des Rochers de Sauve. Voilà quelques mois, peut-être un ou deux ans, on aurait surpris des touristes s’embarquer un jour d’été à pied, armés de tubas, râteaux et pelles à sable, maillot de bain noué autour du cou pour madame, planche de surf pour monsieur et leurs deux enfants. Bon on force un peu le trait mais c’est tellement mignon. Bientôt, moins d’une demi-heure plus tard, on vit les mêmes gens, deux enfants éplorés, de retour de la Mer des Rochers. De fait, le propos marin du site visité en express était plutôt vague…

Une intense poésie se dégage de la promenade où la pierre sèche sert de décor intemporel.

Une intense poésie se dégage de la promenade où la pierre sèche sert de décor intemporel.

Cela nous amène à interroger le sens du mot Mer des Rochers. A Sauve, village pré-cévenol enchâssé dans une couronne de calcaire, il n’y a que le Vidourle et quelques avens qui marquent la présence de l’eau. En revanche le caillou, disons carrément la caillasse, est omniprésent. La Mer des Rochers est une vaste plaque minérale trouée ça et là de gorges et de vallons où une terre jadis suffisamment riche permettait à quelques dizaines de familles de cultiver un lopin de terre. C’était le cas encore il y a moins de cent ans, au mitan du XXe siècle.

La tour de gué, près de Roquevaire, point de vue stratégique entre le vaste plateau calcaire et le village de Sauve.

La tour de gué, près de Roquevaire, point de vue stratégique entre le vaste plateau calcaire et le village de Sauve.

En sinuant le long des interminables murettes de pierres sèches, on se dit que ce paysage dût être rudement beau. Du reste la poésie habite toujours ces vagues de cailloux qui s’échouent sans cesse, ressac de garrigue odorante et bien armée contre les assauts du soleil qui irradie le plateau…

Résidence de l’abbé, pas des évêques

Un maset en ruine, signe d'une ancienne présence d'hommes et de femmes qui venaient cultiver en villégiature leurs petites parcelles .

Un maset en ruine, signe d’une ancienne présence d’hommes et de femmes qui venaient cultiver en villégiature leurs petites parcelles.

Des masets souvent en ruine se cachent un peu partout dans l’épais couvert végétal qui a reverdi les lieux (essentiellement des chênes verts et des lauriers plus une peuplade d’arbustes de type méditerranéen, ajoutons quelques chênes pubescents lorsque la terre gagne en profondeur) tandis que de multiples sentiers de randonneurs maillent finement la balade. Certaines de ces constructions habiles, éco-construites avec le matériau extrait localement -la pierre, encore elle-, disposaient d’une petite source, plus modestement d’un mince filet d’eau claire filtrée par une multitude de petits à-pics rocheux et surgissant de nulle part. Dire qu’ici des vergers nourrissants étaient plantés en foule. Il n’en reste à présent que de trop rares témoignages.

La vue du château de Roquevaire, côté sud. Il reste des tuiles de pierre plate en bordure du toit.

La vue du château de Roquevaire, côté sud. Il reste des tuiles de pierre plate en bordure du toit.

Au début de la promenade s’érige une autre construction, solide et dominante celle-là, le château de Roquevaire. Propriété privée bordée d’un mur haut à l’état préservé, il a été restauré récemment. Entouré d’un dédale d’escaliers et de petites terrasses où poussait l’olivier, il invite à la rêverie autant qu’il renvoie à l’histoire de Sauve. On a dit souvent que les évèques de Maguelone venaient y séjourner. C’est apparemment une légende, la réalité faisant de Roquevaire la résidence d’un simple abbé, Henri Delmas, qui fit construire au XVIIe siècle cette villégiature aux allures de jardin d’Éden où il aimait à se retirer…

Panoramas cévenols vus de la garrigue

Une belle vue sur les Jumelles de Monoblet, autre particularité géologique locale et, au-delà, le massif du Liron (ou Fageas) haut de 1179 m...

Une belle vue sur les Jumelles de Monoblet, autre particularité géologique locale et, au-delà, le massif du Liron (ou Fageas) haut de 1179 m…

Bien connue des Sauvains, y compris des jeunes ados qui, rituellement, gravent ici leurs premiers souvenirs de cache-cache éventuellement galants à moins qu’il ne s’agisse plus prosaïquement de leur première cuite, la Mer des Rochers est un repaire d’amoureux de la garrigue pré-cévenole dont les silhouettes ruiniformes ouvrent, lorsqu’on s’y perche ou s’y hisse, sur des panoramas saisissants: le pic d’Anjeau, la Fage, le massif du Liron et son fameux Rocher de l’Aigle, en hiver au nord le mont Lozère enneigé. Les sentiers les plus battus permettent de voir les plaines de Saint-Hippolyte-du-Fort et de Pompignan. Une autre pistes chevauche le dos du Coutach, colline totémique de Quissac et file jusqu’à Corconne. Ce n’est pas la plus jolie mais elle étanche généralement la soif des grands marcheurs.

Les éboulis calcaires sont partout dans cette drôle de mer.

Les éboulis calcaires sont partout dans cette drôle de mer.

Mais revenons à la caillasse. La pierre calcaire est d’une belle tenue dans cette drôle de mer. Les murs de pierres sèches, nombreux, rappellent l’usage privé des parcelles que l’on excavait de leurs nombreux et encombrants minéraux. Au sol, on en faisait des calades lorsque le chemin naturel prenait trop de relief sous le soulier. Et un peu partout, on finit par s’amuser de voir la pierre fendue et refendue en mille éclats, formant ça et là des graviers grossiers, des coteaux d’éboulis pentus. Sur les éperons à gravir, un motif revient, étonnant, celui d’une érosion et d’un ruissellement qui sculpte la pierre. En s’approchant davantage, on remarque que le plat de ces cailloux forme des micro-montagnes d’où se devine qu’une part tendre du minéral s’est laissé creuser durant des milliers d’années.

Et aussi l’aven, les clairières, les sentiers du bout du monde…

Étonnante érosion qui sculpte des paysages montagnards en miniature.

Étonnante érosion qui sculpte des paysages montagnards en miniature.

On n’a pas fait tout le tour de la Mer des Rochers. Les enfants étaient candidats à une pause et nous étions malheureusement minutés. Mais on vous le dit comme on le sent, il est bon de flâner des heures et de revenir dans ce paysage intensément joli. Il y a un profond aven à voir, des escaliers bâtis par des mains caleuses d’un autre temps, des clairières où pique-niquer en douceur (et en ramassant ses canettes de coca, voulez-vous). On aimera y circuler en solo pour méditer sur la paix du monde bruyant d’alentour comme y péleriner en groupe à tout âge. Notre seul regret restera de ne plus voir l’un de ces papets qui éclaircissaient autrefois les branches de leurs cerisiers quand ils ne taquinaient pas en plein air une sieste dominicale d’après la messe. Ou plutôt, faisons attention en terra parpaillote, après le culte du temple de la place Florian à Sauve qui a toujours composé avec les deux  camps.

Un nez que dis-je ? Une péninsule...

Un nez que dis-je ? Une péninsule…

Pas encore fourbus, les enfants se faufilent aisément dans les nombreux lacets de la mer.

Pas encore fourbus, les enfants se faufilent aisément dans les nombreux lacets de la mer.

La rando du mois : Le Rocher de l’Aigle

sommet du rocher de l'aigle, vue sur Fageas

Envie de prendre de la hauteur ? Ce mois-ci, direction le Rocher de l’Aigle, un promontoire rocheux granitique perché à 1117 m d’altitude en plein massif du Liron, à une petite demi-heure de Saint-Jean-du-Gard. Assis au sommet, on profitera d’un panorama de 360° s’ouvrant sur des paysages magnifiques, tous plus lointains les uns que les autres : le massif de l’Aigoual, le mont Lozère, le mont Ventoux, par beau temps les pré-Alpes du sud et, pour finir, la Grande bleue.